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Identite Juive I

17/07/2012

Histoire et Identité d’Israël

La Bible

Aux fondements de l’identité juive
Par Jonathan Aikhenbaum, Jérusalem

Vers -1200 - -1100
Pourquoi y-a-t-il eu une guerre civile contre la tribu de Benjamin ?
L’épisode est rapporté à la fin du livre des Juges. Un lévite habitant la tribu d’Ephraïm (région de Samarie) avait une concubine de Bethlehem (tribu de Juda). Cette dernière souhaitait se séparer et était retournée vivre chez ses parents, à Bethlehem. Le lévite se rendit jusqu’à elle et la convainquit de revenir avec lui. Ils partirent vers le soir et s’arrêtèrent en chemin dans la ville de Guibea (au nord de Jérusalem), de la tribu de Benjamin. Accueillis par un vieillard, le couple ne tarde pas à attirer toute la racaille de cette ville. Sous les menaces de la populace, le lévite leur livre sa concubine qui est violée et retrouvée morte le lendemain. Il rentre alors chez lui, la découpe en morceaux et les envoie dans toutes les tribus d’Israël. Elles se liguent toutes contre la tribu de Benjamin et réduisent le nombre de Benjaminites à six cents.
L’épisode a clairement fixé la limite de ce qui est tolérable à l’intérieur des frontières de la nation d’Israël. Les tribus peuvent et doivent permettre au caractère particulariste des autres tribus de s’exprimer, mais uniquement dans le cadre d’une certaine moralité. Au-delà, l’unité est brisée (le corps est découpé en morceau) et la guerre civile vient paradoxalement la rétablir en rétablissant la moralité de l’ensemble du corps social.

Vers -1100
וְשַלְמוֹן הוֹלִיד אֶת-בֹעַז, ובֹעַז הוֹלִיד אֶת-עוֹבֵד . וְעֹבֵד הוֹלִיד אֶת-יִשָי, וְיִשַי הוֹלִיד אֶת-דָוִד .
Et Salmon engendra Boaz, et Boaz engendra Oved. Et Oved engendra Yishaï et Yishaï engendra David
L’arrière grand-mère du roi David était-elle une étrangère moabite ?

La Bible comporte de nombreux récits de généalogie et d’engendrements qui sont riches d’indications sur le développement de l’histoire humaine et de celle d’Israël. Parmi toutes les généalogies, il y en a une sur laquelle le texte biblique insiste et c’est celle du roi David, la lignée messianique.
La lignée messianique n’a rien d’une lignée royale classique. L’histoire de Ruth la Moabite l’illustre parfaitement.
Les Moabites sont les descendants de Moab, le fils issu de Loth et de sa fille aînée. Fuyant la destruction de Sodome, Loth et ses deux filles avaient trouvé refuge dans une grotte. Se croyant les seules au monde, les filles de Loth conçoivent alors de poursuivre l’humanité grâce à une relation incestueuse. De ce plan naîtront Moab et Ammon.
L’histoire de Ruth commence avec une famine sur la tribu de Juda, qui contraint une famille judéenne, Elimelekh, sa femme Noémie et ses deux fils, à l’exil en Moab. Les deux fils se marient avec des Moabites, Orpa et Ruth. Le mari et les deux fils meurent et Noémie songe à rentrer au pays. Elle renvoie alors ses deux brus. Orpa la quitte et retourne dans la maison familiale mais Ruth s’entête à être auprès de sa belle-mère et indique sa ferme volonté de faire partie de la civilisation hébraïque : « Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu ». Communauté de destin d’abord, préalable à la communion dans la foi.
Alors que Loth s’était éloigné d’Abraham, Ruth se lie à sa descendance et montre la capacité d’un étranger à endosser la communauté historique et la religion d’Israël. Elle est par excellence le modèle de la conversion désintéressée, portée aux plus hautes vocations : elle se mariera avec le juge de l’époque, Boaz et sera l’arrière grand-mère du roi David.

Vers -1050
Comment le régime politique d’Israël est-il devenu royal ?

Dans la Thora, la royauté revient à Dieu. Aussi, le régime décentralisé des Juges était-il idéal pour asseoir ce principe. L’absence d’autorité politique centrale permet d’éviter la personnification du pouvoir et maintient vivace l’idée d’un Dieu souverain politique.
Cependant, ce modèle a ses limites explorées dans le livre des Juges : instabilité politique et géopolitique, déliquescence de l’unité morale et sociale des tribus. La frustration du peuple est à son comble à l’époque du grand-prêtre et juge Eli, dont les fils sont corrompus. Le pouvoir est inconsistant et incohérent, l’arche sainte est même faite prisonnière chez les Philistins.
Entre temps, Samuel a remplacé Eli et a partiellement rétabli l’autorité. Mais le peuple exige un pouvoir central autour duquel toutes les tribus s’unifieraient.
La Thora prévoir l’institution de la royauté. Cependant, Samuel s’oppose fermement à sa réalisation, expliquant que les motifs qui poussent les tribus à la réclamer sont blâmables. Alors qu’elle doit être une simple fonction politique (l’exécutif), le peuple aspire à un symbole unificateur et cherche à substituer le royal au divin comme ferment de l’unité politique.
Dieu indique cependant à Samuel qu’il ne doit pas s’opposer à la volonté du peuple. La recherche d’un candidat à la fonction royale à commencé.

Vers -1050
Comment Saül est-il devenu roi ?
C’est en partant chercher les ânesses égarées par son père que Saül fait la rencontre du prophète Samuel qui lui annonce qu’il a été choisit pour être roi. Il passe alors une initiation accélérée, commence à prophétiser et reçoit l’onction royale de la part de Samuel (on lui verse de l’huile d’olive sur la tête. L’huile, séparée et au-dessus de tout autre liquide, est l’expression de la présence du Dieu transcendant dans la réalité matérielle).
Deux événements viennent compléter ce qui s’est passé à l’échelle individuelle entre les deux hommes. D’une part, un tirage au sort a lieu entre les tribus d’Israël pour choisir le roi. Le « sort » désigne la plus petite des tribus (mais néanmoins centrale), Benjamin ; Il désigne aussi la famille la plus insignifiante de Benjamin, celle de Matri, et enfin Saül, fils de Qish.
C’est Dieu qui a choisit le roi en présence des hommes. Le critère premier de sélection politique du leader semble être, comme au temps de Moïse, la modestie.
C’est ensuite un acte de guerre qui, unifiant tout Israël, va permettre à Saül d’asseoir son autorité.

Vers -1040
Pourquoi Saül a-t-il perdu la royauté ?
Le bon fonctionnement politique d’Israël exige un parfait équilibre des pouvoirs. La souveraineté demeure dans les mains de Dieu. Les quatre branches du pouvoir sont la royauté, la prêtrise, la judicature et la prophétie. Cette dernière assure l’intégrité du pouvoir royal et sa conformité avec la Thora.
Le prophète Samuel a confié à Saül la mission de mener une guerre totale contre l’ennemi irréductible, Amalek. Or, Saül, cédant aux demandes de ses soldats, va épargner le roi d’Amalek, Agag, ainsi qu’une partie de ses troupeaux.
Pour Samuel, la faute est extrêmement grave. Elle indique la fin de la soumission de la royauté aux exigences de la Thora et, plus encore, la brisure de l’équilibre des pouvoirs en Israël. Samuel indique donc à Saül qu’il perd la royauté et se dirige vers Bethlehem, où il oint David comme futur roi d’Israël. Les dix dernières années du règne de Saül sont vécues dans une tentative tragique de s’opposer le sens de l’histoire et à l’accession de David au trône. Saül connaîtra de nombreux états maniaco-dépressifs et mourra sur le champ de bataille.

Vers -1010 -970
Pourquoi le royaume de David est-il considéré comme un âge d’or ?
C’est dans la stabilité politique et la personnalité exceptionnelle du leader qu’il faut chercher une réponse à cette question.
Israël connaît, sous David, ses premières années de stabilité politique depuis la sortie d’Egypte. Ni la conquête sous Josué, ni la confédération des Juges, ni la royauté de Saül, n’avaient apporté paix et stabilité à Israël. Les frontières étaient sans cesse remises en question, les incursions des Philistins et de divers roitelets étaient fréquentes. L’instabilité politique était également de mise à l’intérieur des frontières avec d’importantes forces séparatistes et un régionalisme marqué.
David réussit le tour de force de l’unification du royaume. Pour la première fois, les tribus se trouvent toutes soumises à un pouvoir central. Le même lieu, Jérusalem, devient le centre du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. Ce centralisme donne la possibilité à David d’initier une politique de puissance vis-à-vis de ses voisins, qui porte ses fruits avec la vassalisation des royaumes voisins (Moab, Ammon, Edom)
Mais c’est également dans le caractère personnel de David qu’il faut chercher cet âge d’or. Jamais personnalité publique n’a mieux représenté l’idéal d’Israël telle qu’il s’est exprimé à travers les générations. David est guidé par une profonde intégrité morale à travers les aléas de son métier d’homme et de roi. Il connaît plusieurs fois l’erreur et l’égarement (le cas le plus manifeste est celui d’Ouri, que David envoie à la mort sur le champ de bataille dans le seul but de s’attacher sa veuve, Batshéva), mais David connaît à chaque fois le Retour. Il est par excellence celui qui affronte la réalité dans toute sa complexité, accepte le risque de la faute, et quand il faute, en tire toute les conséquences.

Vers -1010 -970
Pourquoi dit-on que le Messie doit descendre du roi David ?
Depuis le début de l’histoire humaine, le récit biblique est en quête d’une personnalité qui soit hautement morale et spirituelle (une telle personne a souvent le métier de berger) sans être à la merci des autres hommes. Cette quête sera parsemée d’échecs et de réussites partielles : le berger Abel est tué par Caïn, le berger Jacob doit fuir Esaü, le berger Moïse devient le chef politique d’un peuple en exil.
Le berger David, cependant, accède à la royauté sans renoncer à sa stature morale. Il est la personnalité qui couronne les efforts déployés par la civilisation hébraïque pour acquérir sa place au soleil. Dès lors, l’aboutissement final de l’histoire doit passer par une personnalité de la descendance de David.

Vers -1010 -970
Qu’est-ce que David a écrit dans les Psaumes ?
David a livré à l’humanité la richesse et la complexité de son vécu intime à travers une oeuvre magistrale, les Psaumes. Il y explore en détail la dynamique de la faute et du retour, la multiplicité et la complexité des dangers auxquels l’homme doit faire face et, face à cela, l’absolu confiance en Dieu, maître du destin des hommes en toute circonstance.
David met en opposition deux cheminements intérieurs tout au long des psaumes : le cheminement des « méchants » et celui des « justes ». Le méchant n’est pas celui qui fait des mauvais choix, il est celui qui n’apprend pas de ses choix pour se rectifier et se parfaire. Au contraire, il les assimile et les rend légitimes. Le juste se caractérise en revanche pas sa capacité à apprendre et à réparer. Il trouve ainsi les voies d’un renouvellement intérieur.

Vers -1010 -970
Pourquoi David n’a-t-il pas pu construire le temple ?
Homme de l’unité, de la responsabilité humaine, David a aussi été un homme de guerre, qui a vécu la plupart des années de sa vie le glaive à la main : au service de Saül, dans la clandestinité quand il est poursuivi, quand il est roi de Juda, puis roi d’Israël unifié.
Or, le temple, la maison de Dieu, doit être une maison de paix. Le fer ne doit pas être utilisé dans sa construction. De même, le roi qui a manié l’épée ne peut initier sa construction. C’est néanmoins ce parcours mouvementé de David qui permet à Salomon d’être le roi de l’ère de paix, de ne pas avoir à guerroyer et donc de construire le temple de la paix.
Le fait que Dieu ait transmit à David qu’il ne construirait pas le temple n’est envisagée dans le texte biblique comme une sanction ou une punition. Il souligne simplement l’incompatibilité entre le parcours de David et la maison de Dieu. Tout comme Moïse a mené et préparé Israël jusqu’aux portes de sa terre mais n’a pu l’accompagner, David a accompagné Israël jusqu’à la construction du temple mais n’a pu y participer.

-970 - 931
Quelle était la diplomatie de Salomon ?
Sous Salomon, le royaume d’Israël connaît un véritable âge d’or diplomatique. Salomon est un maître de realpolitik, qui sait tirer avantage de l’équilibre des puissances. Il renforce tout d’abord l’alliance conclue sous David avec les Phéniciens et, face aux visées hégémoniques égyptiennes, négocie une alliance scellée par un mariage avec la fille de pharaon. Salomon entretient également d’excellentes relations avec des contrées puis lointaines, comme le royaume hittite et celui de la reine de Saba.
Cette situation privilégiée permet au royaume d’Israël de connaître un véritable âge d’or économique, avec une explosion des échanges qui ne va pas sans créer de profondes tensions sociales. Et puis, une fois Salomon disparu, le système international dont il avait su tirer profit disparaît avec lui et devient bien moins favorable à Israël.


-970 - 931
Pourquoi le royaume de Salomon a-t-il été divisé ?
Homme de sagesse mais également homme du monde et détenteur d’un grand pouvoir, Salomon mène dans la seconde partie de son règne une politique de grands travaux et de faste royal qui va peu à peu appesantir le climat social et moral du royaume. Pour financer des constructions toujours plus nombreuses et pourvoir au besoin de sa cour et de son harem (qui comprendra jusqu’à 300 femmes et 1 000 concubines), Salomon fait appel au système très impopulaire de périodes de travail obligatoire et augmente les impôts. Parallèlement, parmi ses femmes et concubines, les étrangères érigent des lieux d’idolâtrie jusqu’au coeur de Jérusalem.
Le chef des corvées royales, Jéroboam Ben Nebat, originaire de la tribu d’Ephraïm, au nord, va mener la contestation sociale. Poursuivi par l’armée, il se réfugie en Egypte. Il reçoit parallèlement l’onction royale du prophète Ahiya.
A la mort de Salomon, le royaume à normalement un successeur désigné en la personne de Roboam, le fils de Salomon. Mais les anciens du peuple convoquent de véritables Etats généraux auxquels Roboam se plie. Les exigences du peuple sont modérées et portent essentiellement sur le rétablissement d’une véritable justice sociale. Fragile et inexpérimenté, Roboam suit le conseil de ses jeunes conseillés et refuse en bloc ces réclamations. Le peuple réuni vote alors la sécession. Roboam envoie les troupes mater les rebelles mais se font chasser. Il doit alors s’enfuir à Jérusalem. L’assemblée porte Jéroboam, rentré d’Egypte, à la royauté et fonde le royaume d’Israël, autour duquel se rassemblent les tribus du nord. Il ne reste à Roboam que le territoire de la tribu de Juda et de Benjamin pour exercer sa souveraineté. Les royaumes voisins en profitent pour récupérer ou envahir des territoires acquis aux temps de la royauté unifiée d’Israël. Les deux nouveaux royaumes, frères ennemis, devront s’épanouir sur un territoire réduit. L’injustice sociale et l’immoralité de la fin du règne de Salomon ont mis fin à l’unité d’Israël.

- 930
Y-a-t-il eu une réforme religieuse dans le royaume d’Israël ?

Lorsqu’il devient roi d’Israël, Jéroboam fait face à une situation politique délicate. Jérusalem, symbole d’unité et lieu de culte central, est sous la souveraineté du royaume ennemi de Juda. Jéroboam craint pour la solidité et la cohésion sociale de son royaume s’il reste dépendant de Jérusalem.
Il initie alors une profonde réforme religieuse qui va marquer de son empreinte l’histoire du royaume d’Israël jusqu’à sa disparition. Il rétablit deux sanctuaires de l’époque des Juges qui avaient été fermés (il ne doit y avoir qu’une seule maison de l’Eternel sur la terre d’Israël, à Jérusalem). Les Israélites qui ne peuvent plus se rendre au Temple de Jérusalem se rendront à Bet El et à Dan, tous deux sur le territoire du royaume d’Israël.
Le deuxième changement introduit par Jéroboam est de taille. Dans ces deux sanctuaires, il fait installer des veaux d’or. Comme à l’époque du désert, le veau d’or ne doit pas être la divinité mais une image qui permet de s’y rattacher.
L’établissement d’un culte à mis chemin entre le monothéisme pur du royaume de Juda et l’idolâtrie des royaumes voisins détachera de plus en plus les deux royaumes l’un de l’autre et rendra impossible leur unification. Motivée par des raisons politiques, la réforme religieuse a été fatale. Le royaume d’Israël ne reviendra jamais au monothéisme de la Thora, oscillant entre le culte de Jéroboam et celui des peuplades voisines.

Vers -874 -853
Comment le prophète Eli a-t-il combattu Baal au Carmel ?
Eli est un prophète d’envergure qui a vécu et oeuvré à une époque où le royaume d’Israël, qui occupait le nord de la terre d’Israël, sombrait dans l’idolâtrie à l’échelle nationale, avec l’instauration d’un culte et d’un clergé dédié à la divinité du Baal.
Pour rétablir le culte d’Israël, Eli entend mener une action d’éclat. Il convoque les prêtres du Baal à un défi au mont Carmel. Chaque camp doit préparer un sacrifice et demander à sa divinité de le consumer. Eli connaît l’interdit de la thora de sacrifier en dehors du temple mais prend l’initiative de transgresser cet interdit devant la gravité de la situation.
Sur le mont Carmel, Eli et les prêtres du Baal se font face. Devant le peuple accouru pour assister à la confrontation, chacun a préparé un autel avec un taureau. Les prêtres du Baal commencent à invoquer leur divinité, espérant la consumation de leur sacrifice et la confirmation de la vérité de leur foi. Ils vont jusqu’à se taillader la chair mais rien n’y fait.
Pendant ce temps, Eli fait mettre de l’eau sur son autel, pour montrer que le Dieu d’Israël n’a aucune difficulté devant les obstacles matériels, contrairement à la soi-disant divinité du Baal. Il invoque ensuite le nom de l’Eternel, demandant l’illustration de la vérité de la foi d’Israël. Un feu descend alors du ciel et consume le sacrifice. Stigmatisée par Eli, la foule met alors à mort les prêtres du Baal. Le culte idolâtre a été extirpé d’Israël, pour une courte période.

Vers - 722
Comment le royaume d’Israël a-t-il été détruit ?
Depuis le 8ème siècle avant l’ère commune, l’Assyrie est engagée dans une politique de puissance qui coutera finalement son indépendance au royaume d’Israël. Plusieurs incursions assyriennes ont lieu sur le royaume d’Israël (et même sur celui de Juda).
En - 734, Tiglat-Pilézer, roi d’Assyrie, lance ses troupes vers le sud. Elles traversent le Royaume d’Israël et occupent Gaza, Ashkelon, une partie de l’Egypte. Israël et la Phénicie se regroupent dans une coalition contre l’Assyrie à laquelle ils veulent faire participer les Etats du Sud : Ammon, Moab, Edom et Juda. Juda refuse de participer à la coalition, l’Egypte restant elle-même sur ses gardes. Israël attaque la Judée pour la forcer à sortir de sa neutralité. Cette campagne, menée par le roi d’Israël Peqah fait de nombreuses victimes. Peqah emmène en captivité 200 000 judéens, hommes, femmes et enfants. Le prophète Oded s’insurge contre le traitement fait par les Israéliens à leurs frères Judéens. Il arrivera à convaincre les soldats de les libérer et de les renvoyer chez eux, nourris et vêtus. Initiative courageuse dans une atmosphère fratricide…
Pour se défaire de l’emprise du royaume d’Israël, le roi judéen Ahaz fait appel à l’Assyrie elle-même qui envahit le Royaume d’Israël et le soumet complètement. Le roi Peqah est remplacé par Osée. Le Royaume de Juda doit payer un lourd tribut. Le manque de fraternité entre les deux royaumes va directement précipiter la fin du royaume d’Israël.
En 722, Salmanasar V, le souverain assyrien, meurt et son fils Sargon II lui succède. Il achève la conquête du Royaume d’Israël par la prise de sa capitale, Samarie. Le Royaume d’Israël a cessé d’exister.

A partir de 722
Que sont les dix tribus perdues ?
Quand les Assyriens ont conquit le royaume d’Israël, ils ont achevé leur oeuvre de destruction par de vastes échanges de populations. Les Israélites ont été déportés vers des provinces lointaines du royaume assyrien tandis que des colons araméens et kuthéens sont invités à s’installer en Samarie. On assista alors à un double processus d’assimilation : sur le territoire du royaume d’Israël et dans les provinces assyriennes où les israélites ont été installés. Le royaume d’Israël pratiquait l’idolâtrie de manière plus ou moins organisée depuis des siècles. Aussi l’assimilation en a-t-elle été accélérée.
Avec la disparition du royaume d’Israël, le royaume de Juda rassemble néanmoins des membres des tribus de Juda, Benjamin et Lévi, ainsi que des autres tribus venus s’installer sur le territoire judéen. Néanmoins, la disparition des tribus du nord est vécue comme un drame national dans l’histoire d’Israël. Le caractère de chaque tribu, défini par Jacob, disparaît avec elles et c’est tout le corps d’Israël qui est incomplet, mutilé. D’où la prophétie qu’à la fin des temps les dix tribus reviendront des quatre coins de la planète et avec elles, les caractères manquants de l’identité d’Israël.

A partir de -700
Qui sont les Samaritains ?

Les Samaritains descendent des Araméens et des Kuthéens installés par Sargon II sur le territoire du royaume d’Israël conquis.
A leur arrivée sur la terre d’Israël, certains seront attaqués par des bêtes féroces et y verront un signe sur la nécessité de servir la divinité locale. Les Assyriens leur font alors venir un prêtre israélite déporté, qui leur enseigne la tradition spirituelle de Bet El et de Dan, c’est-à-dire celle de Jéroboam, avec l’adoration du veau. Le mélange entre cette religion et leur culture d’origine donnera leur spécificité propre à ces groupes. Avec la destruction du royaume de Juda, ils s’étendent vers le sud. Les Samaritains existent encore en nombre restreint et ont leur centre à Sichem, en Samarie.

-736 - - 716
Les Judéens ont-ils pratiqués le culte du feu ?

C’est sous le roi judéen Ahaz, contemporain et catalyseur de la disparition du royaume d’Israël, que ce culte fait son apparition à Jérusalem.
Ahaz amène l’idolâtrie à un niveau inégalé jusqu’alors. Les autels dédiés au Baal font leur apparition au coeur même du temple de Jérusalem, avec l’approbation des prêtres.
Au pied du temple, dans la vallée de Hinnoam (la Géhenne), Ahaz introduit le culte du Moloch. Des enfants sont sacrifiés au feu. Le roi lui-même immole deux de ses propres enfants lors de sinistres cérémonies.
Soumis également à l’Assyrie et menacé d’invasion, Ahaz n’entend pas les exhortations de son contemporain, le prophète Isaïe, et reste obstinément attaché à l’idolâtrie.

Vers – 587
וַיִשְרֹף אֶת-בֵית-יְהֹוָה וְאֶת-בֵית הַםֶלֶךְ וְאֵת כָל-בָתֵי יְרושָלַם וְאֶת-כָל-בֵית גָדוֹל שָרַף בָאֵש :
Rois II, 25-9

Comment le temple de Jérusalem a-t-il été détruit ?
Juda est partagé entre sa vassalité à l’Egypte et à la Chaldée (Babylonie). Nabuchodonosor a procède à la déportation de 10 000 notables et de la famille royale, pille le temple et les palais et place Sédécias sur le trône, en 597.
Sédécias conduit alors une délégation qui va assurer Nabuchodonosor de leur soumission.
Le prophète Jérémie transmet à des membres de cette délégation une lettre mettant en garde contre le nationalisme et les « faux prophètes » Il annonce aussi l’imminence de l’exil et sa durée limitée : 70 ans.
Cependant, la tentation du nationalisme est forte en Juda. En -593, alors que Jérémie prône toujours la soumission à la puissance Chaldéenne, la coalition anti-Chaldéenne que l’Egypte veut mettre sur pied est en bonne voie d’aboutir et l’esprit à Jérusalem est au nationalisme exacerbé. Des « prophètes » interpellent le peuple et l’incitent dans cette direction. Jérémie prend l’un d’eux, Hanania Ben Azour, à partie, quand il affirme qu’en l’espace de deux ans, le joug de la Chaldée sera brisé.
Les espoirs nationalistes sont trop puissants et en – 589, Sédécias adhère à la coalition dirigée par le Pharaon Apriès. Elle comprend l’Egypte, la Phénicie, Juda et Ammon.
Pour rompre sa vassalité à Nabuchodonosor, Sédécias refuse de lui payer son tribut annuel. Le roi babylonien répond en marchant sur la Judée. L’armée Egyptienne tarde à se porter au secours de son alliée, et le siège de Jérusalem commence le 10 Tévet (décembre – janvier). Jérémie décrit le peuple tentant un retour superficiel à la religion d’Israël, en réaction au siège. Le déblocage du siège grâce à l’intervention égyptienne met à jour la caducité de ce mouvement populaire, et l’idolâtrie revient de plus belle. Jérémie est arrêté et mis en prison. Les Chaldéens reviennent bientôt et assiègent de nouveau Jérusalem. Du fond de sa prison, Jérémie continue d’inciter le peuple à la reddition sans condition. Il est alors l’enjeu d’une lutte entre les nationalistes pour qui il est un dangereux défaitiste, et ceux qui prêtent foi à ses prophéties. Le roi Sédécias lui-même sera influencé tantôt par les uns, tantôt par les autres, mettant à mort Jérémie dans une fosse de boue pour agitation, et donnant ensuite l’ordre de le sauver quand on lui fait part de la gravité de la mise à mort du prophète.
Mais les Chaldéens ne chôment pas et ouvrent bientôt une brèche dans la muraille, s’engouffrant dans la ville : pillage, massacre, destruction. Jérusalem est mise à sac, le roi Sédécias est destitué, ses enfants assassinés, on lui crève les yeux et on l’emmène en captivité. D’autres suivront et formeront la deuxième vague de déportation par Nabuchodonosor.
Le siège de Jérusalem s’achève en 586 par la destruction du Temple dans les flammes. Le Royaume de Juda connaît, à 136 ans près, le même sort que son voisin du nord.

-592
וַיְהִי בִשְלֹשִים שָנָה ברְבִיעִי בַחֲמִשָה לַחֹדֶש וַאֲנִי בְתוֹךְ-הַגוֹלָה עַל-נְהַר-כְבָר נִפְתְחו הַשָמַיִם וָאֶרְאֶה מַרְאוֹת אֱלֹהִים :
1 vs1

Qui est Ezéchiel ?
Ezéchiel est un prophète qui exerce dès - 592 en Chaldée, parmi les premiers Judéens exilés par Nabuchodonosor. Il prophétise à Tel Aviv, une des colonies où se sont installés les déportés de 597. Ces derniers sont persuadés qu’une révolte du Royaume de Juda contre la Chaldée peut réussir et leur rendra leur indépendance. Eléments très nationalistes, ils poussent Sédécias à la surenchère face à la Chaldée. Ezéchiel tente de les ramener à la réalité sur la disproportion des forces existantes et surtout sur le fait que la force d’Israël repose sur une ressource inexistante à ce moment : le crédit que Dieu apporte aux hommes qui marchent dans ses voies. La situation juste avant la catastrophe pousse les déportés au défaitisme et au fatalisme. Ezéchiel s’en insurge et développe dans ses prophéties le thème de la responsabilité individuelle sur lesquelles repose l’avenir de la nation.


-538
כֹה-אָמַר כוֹרֶש מֶלֶךְ פָרַס כָל-מַמְלְכוֹת הָאָרֶץ נָתַן לִי יְהֹוָה אֱלֹהֵי הַשָמַיִם וְהוא-פָקַד עָלַי לִבְנוֹת-לוֹ בַיִת בִירושָלַם אֲשֶר בִיהודָה מִי-בָכֶם
מִכָל-עַםוֹ יְהֹוָה אֱלֹהָיו עִםוֹ וְיָעַל :
« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : l’Eternel, Dieu du ciel, m’a mis entre les mains tous les royaumes de la terre, et c’est lui qui m’a donné mission de lui bâtir une maison à Jérusalem, qui est en Judée. S’il est parmi vous quelqu’un qui appartienne à son peuple, que son Dieu soit avec lui et qu’il monte… »

Comment les premiers exilés sont-ils rentrés ?
Comme dans le rêve de Jacob, les empires montent et descendent : après l’Assyrie qui a mit fin au royaume d’Israël, c’est au tour de la Babylonie de connaître ce sort. En – 539, le Perse Cyrus devient maître de la Chaldée et de toutes les provinces qui lui sont rattachées, dont les territoires des anciens royaumes d’Israël et de Juda.
Cyrus émet en un édit permettant aux Juifs de retourner à Jérusalem et d’y rebâtir le Temple. La politique de Cyrus est marquée par une très grande tolérance, doublée sans doute aussi d’un fort sens de réalisme politique, qui lui fait comprendre que son assise sur son immense empire sera mieux assurée s’il est le champion des spécificités nationales, le défenseur des droits des minorités.
Cyrus intègre les panthéons locaux des peuples qui sont sous sa tutelle, pratique courante dans l’antiquité. Ainsi, l’édit pour la reconstruction du Temple est-il présenté par Cyrus comme un choix émanant du Dieu d’Israël lui-même.
Cyrus accorde aux juifs plus qu’une simple permission de rentrer au pays et de reconstruire la maison de Dieu : il leur donne tout le trésor du Temple qui avait été capturé par Nabuchodonosor, et il finance du trésor royal tout ce que cette entreprise va coûter.
Début – 537, un groupe d’environ 49 000 personnes (hommes, femmes et enfants), est prêt à revenir vers la Judée. A leur tête deux hommes : Josué le Cohen. petit-fils de Yeotzadak, dernier Grand-Prêtre du Temple assassiné lors de sa destruction. C’est lui qui assurera le sacerdoce. Zorobabel, le petit-fils de Yoyakin, le jeune roi déporté en 597, est de la famille de David. Son rôle est d’être Peha, gouverneur de province.
Le groupe arrive en Judée. Ce sont les premiers Olim (montants) de la période d’après le Premier Temple. Bien que toute la terre d’Israël leur soit ouverte, ils s’installeront principalement sur l’ancien territoire du Royaume de Juda.
Fin – 537, ils élèvent un autel sur l’emplacement du Temple et procèdent aux sacrifices quotidiens, puis célèbrent la fête de Soukot.
La première pierre est ensuite posée pour la reconstruction du Temple. Les problèmes qui suivent font que les travaux seront bloqués durant 16 ans pour ne reprendre qu’en 520.

Dès -580
אִיש יְהודִי הָיָה בְשושַן הַבִירָה ושְמוֹ מָרְדֳכַי בֶן יָאִיר בֶן-שִמְעִי בֶן-קִיש אִיש יְמִינִי
Il y avait dans la capitale Suse un homme et son nom est Mordéchaï, fils de Yaïr, fils de Kish, de la tribu de Benjamin.
Qu’est-ce qu’un Juif ?

Le terme de Juif apparaît dans les livres qui forment la clôture chronologique de la Bible, de Jérémie à Zacharie en passant par Esther. Le rouleau d’Esther, notamment, mentionne au sujet de Mardochée qu’un « homme juif vivait dans la capitale Suse et son nom était Mordéhaï, fils de Yaïr, fils de Kish, de la tribu de Benjamin ». Ce détail écarte d’emblée la possibilité qu’un Juif soit simplement un descendant de la tribu de Juda.
La caractéristique de Mardochée est qu’il ne vit plus en Judée mais en exil. Un Juif est un habitant du royaume de Juda vivant dans l’exil perse, peu importe la tribu dont il est issu par ailleurs. C’est une définition politique et non pas ethnique. En d’autres termes, le Juif est l’expatrié du royaume de Juda.
La mention du terme juif à propos de l’histoire d’Esther est particulièrement significative. Le rouleau d’Esther est le livre qui fait la transition entre la période de la Bible et celle du Judaïsme. La différence entre ces deux mondes repose essentiellement sur la présence et l’absence de la prophétie. Avec Esther (nom araméen qui a aussi la signification hébraïque de : Je cacherai), Dieu voile sa face, la prophétie disparaît. La « parole s’exile » au même moment que le peuple. Coupé de sa terre et de la parole éternelle, c’est pour l’essentiel à travers l’étude et la commémoration dans le temps que le Juif va perpétuer la civilisation hébraïque.

Par Jonathan Aikhenbaum, Jérusalem

http://www.histoiredesjuifs.com

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